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L'inspection des ouvrages immergés

Mis à jour le 7 min de lecture Rédaction de TSM - Annuaire de la Plongée Pro

En bref. L'inspection des ouvrages immergés permet de voir ce que l'on ne voit jamais depuis la berge : affouillements, cavités, fissures, corrosion. Pour les ponts, le référentiel national prévoit en général une inspection subaquatique tous les six ans, plus souvent si l'ouvrage est vulnérable. Elle est confiée à des scaphandriers formés à l'inspection, souvent complétés par une bathymétrie.

Une pile de pont peut paraître saine au-dessus de l'eau alors que sa fondation est en train d'être déchaussée. Pour le gestionnaire d'un pont, d'un port, d'une écluse ou d'une prise d'eau, l'inspection des parties immergées est la seule façon de connaître leur état réel et de programmer l'entretien avant l'urgence.

Quels ouvrages faut-il inspecter sous l'eau ?

Tout ouvrage dont une partie reste en permanence sous l'eau doit faire l'objet d'une inspection subaquatique. Les plus courants :

  • les ponts : piles, culées, radiers, enrochements de protection ;
  • les quais et ouvrages portuaires : murs de quai, quais sur pieux, rideaux de palplanches, ducs-d'Albe ;
  • les barrages et seuils : parements amont, vannes, pertuis, organes de vidange ;
  • les écluses : bajoyers, portes, radiers, aqueducs de remplissage ;
  • les prises d'eau et émissaires : grilles, conduites, têtes de rejet en mer.

Pourquoi inspecter les parties immergées d'un ouvrage ?

Parce que les désordres les plus graves y naissent souvent sans signe visible en surface. Le guide du Cerema consacré aux fondations en site aquatique rappelle qu'une fondation peut être gravement atteinte sans aucune manifestation sur la structure.

Le premier danger est l'affouillement : le courant creuse le lit autour d'une pile jusqu'à la déchausser. Ce phénomène peut évoluer vite, notamment lors des crues ou après des dragages et extractions de matériaux. D'autres désordres sont recherchés :

  • cavités sous les fondations superficielles et dégarnissage des têtes de pieux ;
  • maçonneries disjointes, pierres manquantes, abrasion du béton ;
  • fissures, fractures, fuites de matériau de remplissage ;
  • corrosion des aciers et des palplanches ;
  • déplacement des enrochements de protection.

À quelle fréquence inspecter un pont sous l'eau ?

Pour les ponts, la règle générale est une inspection détaillée subaquatique tous les six ans. Elle est fixée par l'Instruction technique pour la surveillance et l'entretien des ouvrages d'art (ITSEOA) et précisée par son fascicule 10, « Fondations en site aquatique » (2013).

Action de surveillanceFréquenceCe qu'elle permet
Contrôle annuelchaque annéeexamen visuel de la structure et des abords
Visite d'évaluationtous les 3 anscotation de l'état apparent, sans moyens particuliers
Inspection détaillée subaquatiqueen général tous les 6 ansexamen complet des fondations immergées
Cas particuliers9 ans (fondation sur rocher) ou 3 ans, voire 1 an (ouvrage vulnérable)adaptation justifiée par une analyse de risques

Une fréquence plus élevée est conseillée quand la fondation est très exposée au courant, quand le cours d'eau évolue rapidement ou quand des travaux voisins menacent sa stabilité. Le fascicule le dit clairement : il n'y a pas de règle unique, la fréquence suit la vitesse d'évolution des phénomènes.

Ce référentiel est celui des services de l'État ; les collectivités et les gestionnaires d'infrastructures peuvent s'en servir pour bâtir leur propre politique de surveillance.

Et pour les quais, barrages et écluses ?

Chaque famille d'ouvrages a ses propres règles. Les barrages relèvent du Code de l'environnement : leur propriétaire organise une surveillance et des visites techniques approfondies dont la périodicité dépend de la classe de l'ouvrage (articles R. 214-122 et suivants, arrêté du 8 août 2022).

Pour les ouvrages portuaires, le Cerema publie des guides de surveillance, d'auscultation et d'entretien des ouvrages maritimes (murs en maçonnerie, quais sur pieux…). La fréquence d'inspection est alors fixée par le gestionnaire selon l'âge, l'exposition et l'état de l'ouvrage.

Quelles méthodes pour inspecter un ouvrage immergé ?

L'inspection combine presque toujours l'œil du plongeur et des mesures. Le choix dépend de la profondeur, du courant, de la visibilité et de ce que l'on cherche.

MéthodeUsageLimite
Scaphandrier, examen visuel et tactilerelevé détaillé des désordres, sondage des cavitésdépend de la visibilité
Photo et vidéopreuve et suivi d'une inspection à l'autreinutilisable en eau très turbide
Mesures sous l'eauépaisseur d'acier ou de peinture, ouverture de fissures, prélèvementsopérateur formé à l'appareil
Bathymétrieforme du lit, fosses d'affouillementne montre pas l'état des matériaux
Sonarimagerie en eau trouble, grands linéairesrésolution moindre que l'œil
ROV (robot filoguidé)grandes profondeurs, conduites, zones dangereusespas de contact ni de sondage fin

Le fascicule 10 prévoit qu'une inspection subaquatique de pont soit accompagnée d'un levé bathymétrique des abords des appuis : à la canne graduée dans les cas simples, au sondeur ou au sonar positionné quand le cours d'eau est large, profond ou instable. Pour comparer plongeur et robot, voir plongeur ou ROV.

Que doit contenir un rapport d'inspection subaquatique ?

Un bon rapport permet de comparer l'état de l'ouvrage d'une inspection à l'autre. D'après le fascicule 10, il comprend :

  • des relevés sur plans : cartographie et inventaire des désordres, photos repérées et commentées ;
  • le levé des fonds et des niveaux d'eau, avec des profils en travers du lit ;
  • la liste des parties non inspectées et la raison (eau trouble, accès) ;
  • un procès-verbal décrivant chaque partie inspectée et le cours d'eau aux abords ;
  • une note de synthèse sur l'influence du cours d'eau et les suites à donner.

L'inspection constate et apprécie l'état des fondations ; elle ne constitue pas à elle seule un diagnostic complet de l'ouvrage. Les travaux de réparation se définissent ensuite, après investigations complémentaires si besoin.

Qui peut réaliser une inspection d'ouvrage immergé ?

Des scaphandriers titulaires du CAH adapté, ayant suivi une formation d'inspecteur d'ouvrages d'art, dans une entreprise dotée d'une démarche qualité. L'inspection doit être pilotée par une personne qualifiée en ouvrages d'art. Dès qu'elle comporte des travaux (nettoyage, carottage, réparation), elle relève de la mention A et d'une entreprise certifiée. C'est aussi le cas d'une inspection qui prépare des travaux de la liste réglementaire : le texte la traite comme un accessoire de ces travaux, soumis aux mêmes règles d'organisation. Une inspection purement visuelle, qui n'annonce pas de travaux, n'est pas citée dans cette liste et peut relever de la mention B ; elle bascule toutefois vers la mention A lorsque l'ouvrage figure parmi les milieux que la liste juge à risque (barrage, installation industrielle, sas, canalisation, collecteur…) ou lorsque l'évaluation des risques révèle un danger particulier, comme le courant, la turbidité, le confinement ou la coactivité. En cas de doute, interrogez l'inspection du travail (DREETS) avant de passer commande.

Avant l'intervention, le prestataire obtient les autorisations du gestionnaire du cours d'eau et du service de la navigation.

Trouver un spécialiste de l'inspection. Les entreprises d'inspection et de travaux sous-marins sont recensées dans l'annuaire : voir la rubrique Les entreprises, ou lancez une recherche.

Sources : Sétra, Guide d'application de l'ITSEOA, fascicule 10 « Fondations en site aquatique » (août 2013, diffusé par le Cerema) ; Cerema, page « Inspection, auscultation subaquatique des ouvrages d'art » et guides de surveillance des ouvrages maritimes ; Code de l'environnement, articles R. 214-122 et suivants ; arrêté du 8 août 2022 sur les vérifications et visites techniques approfondies des ouvrages hydrauliques ; Code du travail, articles R. 4461-1 et suivants ; arrêté du 29 septembre 2017 relatif à la certification d'entreprises réalisant des travaux hyperbares, annexe 1 « Liste des travaux soumis à certification » (Légifrance) ; Prévention BTP, « Quelle est la différence entre les activités hyperbares mention A et mention B ? ».

Questions fréquentes

Vos questions

Faut-il nettoyer l'ouvrage avant de l'inspecter ?

Souvent, oui. Algues, moules et dépôts masquent les désordres : un nettoyage préalable des zones à examiner améliore nettement le résultat.

Quelle est la meilleure période pour inspecter un pont en rivière ?

Les basses eaux, en étiage ou pendant un chômage de la voie d'eau : le courant est plus faible et une plus grande partie des appuis est visible.

L'inspection subaquatique peut-elle être commandée avec l'inspection de la structure ?

Le fascicule 10 recommande deux commandes distinctes, mais réalisées si possible la même année pour évaluer l'ouvrage dans son ensemble.